B4RN : un réseau rural financé par la communauté

Published by Guillaume SOULERES on mar, 16/08/2011 - 19:55 in
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Concernant le haut débit, nos voisins d’outre-manche ne manquent pas d’idées. C’est avec grand intérêt que j’ai récemment découvert ce projet qui pourrait bien révolutionner les modes de financement des réseaux FTTH en zones rurales.

Le comté de Lancastre (Lancashire) va bientôt voir l’apparition d’une offre d’accès à internet un peu particulière. Grâce à l’initiative d’une poignée de personnes, plus de 1300 foyers ruraux du nord-ouest de l’Angleterre pourraient ainsi disposer d’une connexion gigabit pour 30 livres par mois (et 150 livres de mise en service). L’objectif est de couvrir 100% des foyers, dont 70% dès la première année.

Si le coût mensuel est surprenant pour une zone rurale, le business model l’est encore plus : les 1,86 millions de livres nécessaires au projet seront financés par la communauté. Ainsi, n’importe qui peut acquérir une part de la société, pour un apport entre 100 et 20 000 livres. C’est donc la communauté qui sera propriétaire de l’infrastructure, et qui sera en charge de sa maintenance après la formation de poseurs et de soudeurs de fibre optique. L’investissement sera également protégé par le statut juridique de la structure, sorte de société à but non lucratif empêchant la revente de ses parts à des tiers (en réalité la revente est possible, mais le prix d’une part ne peut alors excéder 1 livre).

 

Pour assurer la viabilité du réseau, l’équipe à l’origine de B4RN ne manque pas d’idées pour maîtriser les coûts. L’enjeu est de taille : démontrer la rentabilité du FTTH en zone rurale. Il a donc été décidé d’impliquer autant que possible les entreprises locales et les habitants, permettant ainsi de créer des emplois dans une zone où l’activité économique est probablement peu développée, et d’y développer un savoir-faire.

Quelques idées mises en place pour réduire les coûts :

  • Minimiser les coûts des équipements, notamment en choisissant des équipements gigabits.
  • Faire réaliser les travaux de pose de fibre contre des parts dans la société, et diminuer ainsi la  levée de fonds.
  • Demander gentiment aux propriétaires de terrain de faire passer la fibre optique chez eux. Apparemment ils acceptent assez facilement une fois qu’on leur a expliqué que les bénéfices sont intégralement destinés à la communauté, via l’amélioration ou l’extension du réseau.

 

Comme quoi, il n'y a pas qu'en France qu'on ne compte pas sur les opérateurs privés pour équiper efficacement les zones rurales. Pour plus d'information, c'est par ici.

Décryptage : l'offre de cofinancement de France Télécom hors zones très denses

Published by Guillaume SOULERES on mer, 10/08/2011 - 09:01 in
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Il y a maintenant un peu plus de deux semaines, France Télécom et Free ont conclu un accord pour déployer plus rapidement et à moindre coût de la fibre optique en dehors des zones très denses. Cet accord concerne le cofinancement de réseaux FTTH dans une soixantaine d’agglomérations regroupant pas moins de 1300 communes, pour un total avoisinant les 5 millions de foyers. Les premiers déploiements devraient commencer fin 2011 ou début 2012.

 En clair, France Télécom appelle les autres opérateurs à participer au financement des infrastructures, en échange d’un droit d’utilisation du réseau. Si les infrastructures appartiennent in fine à France Télécom, les opérateurs acquièrent un droit de jouissance pour une durée de 20 ans, qui peut être prolongé si l’état du réseau le permet. Ce droit permet au cofinanceur de bénéficier d’un tarif préférentiel pour l’accès à un nombre de lignes FTTH dépendant du taux de cofinancement (au-dessus de 10%, le pourcentage de lignes FTTH affectées à l’opérateur ne peut pas dépasser le taux de financement).  Ce dernier peut être acheté par tranches de 5%, pour un tarif forfaitaire :

  • 6,80€ par logement couvert par le projet de déploiement
  • 18,47€ par logement déjà raccordable

Le coût mensuel imputable à l’opérateur dépend ensuite du nombre de lignes FTTH qui lui sont affectées : de 5,33€ (5% de cofinancement) à 4,84€.

Les tarifs ci-dessus sont dans le cas d’un engagement ab initio de l’opérateur, c’est-à-dire avant la « date de lancement de zone » (terme assez mal défini dans le document officiel). Dans le cas d’un engagement ex post, les tarifs sont calculables à partir de formules plutôt complexes disponibles dans le document réglementaire de France Télécom (voir lien ci-dessous).

 

En quoi cela est-il intéressant ?

Pour France Télécom :

France Télécom espère ainsi obtenir des sources de financement supplémentaires pour ses infrastructures FTTH, qui resteront en sa possession. C’est donc un investissement sur le long terme pour France Télécom. Il convient de préciser que les coûts éventuels de maintenance seront partagés entre France Télécom et le(s) cofinanceur(s), à hauteur du taux de cofinancement.

Pour les autres opérateurs :

Cela permet à Free (ou tout autre opérateur) d’investir en fonction de la part de marché qu’ils visent dans une zone, quitte à augmenter le taux de cofinancement si les recrutements d’abonnés dépassent les attentes (ou à souscrire à l’offre d’accès FTTH d’Orange). Ainsi, pour un investissement réduit le cofinanceur peut utiliser une boucle locale en fibre pour un prix environ deux fois inférieur à la location de la boucle locale en cuivre (dans le cas d’un dégroupage total), et trois fois inférieur à l’offre d’accès FTTH d’Orange (dans les 16,5€).

Pour les consommateurs :

Cette offre devrait permettre d’accélérer (un peu) les déploiements dans les zones moyennement denses grâce à une mutualisation des infrastructures et à un coût réduit de déploiement pour les opérateurs grâce au cofinancement. Cela devrait également permettre un maintien de la concurrence que l’on a pu connaître avec l’ADSL grâce aux coûts réduits de location de la boucle locale et à la possibilité de cession du droit d’utilisation entre opérateurs tiers.

 

Il va falloir attendre encore un peu avant de voir les premiers résultats de cette offre et de pouvoir juger l’efficacité du dispositif. Toujours est-il que cet accord rapproche encore un peu plus Free et Orange, après l’accord d’itinérance conclu il y a quelques mois.

 

Pour en savoir plus :

Communiqué de presse ARCEP

Communiqué de presse France Télécom

Communiqué de presse Free

Détails de l'offre de cofinancement de France Télécom

La concurrence par l'infrastructure est-elle une erreur pour la fibre optique ?

Published by Guillaume SOULERES on ven, 10/06/2011 - 14:59 in
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 « Le nombre d’abonnés en très haut débit progresse lentement », « Fibre optique : la croissance des abonnements FTTH reste molle », « La fibre optique a du mal à décoller en France ». Vous n’y aurez probablement pas échappé, depuis la publication de l’observatoire des marchés par l’ARCEP il y a environ une semaine, la presse pointe du doigt un déploiement du très haut débit jugé trop lent. A qui la faute ? Avons-nous fait un mauvais choix pour la mise en place de la fibre optique ? La concurrence par les infrastructures fonctionne-t-elle réellement ?

 

Certains pays font le choix d’une concurrence par les services uniquement pour la fibre optique. C’est le cas de l’Australie, qui compte investir environ 20 milliards d’euros à travers l’entreprise d’état NBN Co pour fournir un accès en fibre optique à 93% de la population (les 7% restants devront se contenter du satellite ou d’une boucle locale radio).

D’autres, comme la France, ont choisi un déploiement multi-opérateur de la boucle locale, et le résultat est mitigé. Si on entend un peu parler des « accords » de mutualisation entre opérateurs c’est surtout leurs chamailleries qui font le bonheur des journalistes et le malheur des technophiles que nous sommes : il y a deux ans, Orange était accusée de ne pas jouer le jeu de la concurrence, c’est aujourd’hui le cas de Free… A qui le tour ?

Ne vous méprenez pas, je ne remets pas en question le principe de la concurrence. Il m’est simplement difficile de comprendre le choix de la permettre sur les infrastructures. Il suffit de se souvenir de l’efficacité de la concurrence par les services sur ADSL, suite au dégroupage de la boucle locale en cuivre, pour se rendre compte que celle sur les infrastructures n’est pas fondamentalement nécessaire.

Certes, la mise en place de la boucle locale en fibre coûte cher (30 à 40 milliards pour l’IDATE, 20 à 30 milliards pour l’ARCEP), mais cela permettrait de développer des péréquations géographiques entre les zones denses et les zones rurales. Aujourd’hui les opérateurs s’activent dans les premières, alors qu’on demande aux collectivités locales de supporter la majorité des coûts dans les secondes. Je rassurerai les contribuables en précisant qu’il n’est pas non plus question de sortir directement 30 milliards de sa poche. Prenons l’exemple du réseau Australien : le gouvernement ne déboursera « que » 3,5 milliards d’euros, somme cependant suffisante pour assurer une crédibilité au projet et attirer les investisseurs privés (si si, il y en a… il suffit par exemple de jeter un coup d’œil du côté des fonds de pension). Bon, considérons que dans le cas de la France, cette somme devrait plutôt avoisiner les 5 milliards d’euros, somme tout de même plus raisonnable. Les enchères pour les licences 4G devraient rapporter 2,5 milliards d’euros (prix de réserve), il aurait donc suffi d’y ajouter les 2,5 milliards d’euros du grand emprunt destinés au très haut débit. Pour être confortable, d’autres mécanismes permettraient de lever plus de fonds (voir à ce sujet l’article de Jean-Michel Billaut : http://billaut.typepad.com/jm/2011/06/la-france-peur-devenir-le-pivot-de-léconomie-nuémrique-mondiale-n2.html).

Certes, l’innovation dans les services est plus facile lorsqu’on a la main sur la totalité des infrastructures : c’est probablement la raison pour laquelle Google se met à fibrer la ville de Kansas City. Le déploiement d’une simple fibre noire pour la boucle locale permettrait de ne pas avoir ce type d’ennui, et même d’encourager l’innovation sur les services grâce aux capitaux que les opérateurs auraient économisés. Ainsi, le réel danger pour l’innovation ne serait-il pas le coût d’opportunité d’une concurrence par les infrastructures ? C’est l’absence d’investissement dans la boucle locale et la régulation des coûts de dégroupage qui ont permis à Free de créer les offres du type Triple Play.

Il faudrait également prendre en compte le coût du retard que l’on prend en choisissant le modèle actuel de déploiement de fibre optique :

  • Retard par rapport au déploiement d’un réseau par le secteur public
  • Retard par rapport à d’autres pays, qui pourraient devenir les pionniers de l’industrie des services du THD

 

Bien entendu, développer une boucle locale par une entité unique entraînerait forcément des coûts supplémentaires pour l’utilisateur final, que cela soit par les impôts ou par l’augmentation des factures de quelques euros. Cette augmentation pourrait d’ailleurs être l’occasion pour revenir sur le principe de l’illimité qui est, à mon avis, préjudiciable au déploiement et surtout au maintien des réseaux… mais je m’écarte du sujet, je reviendrai sur ce point dans un autre article.